Apprendre les bases

Le vocabulaire “transparent” qui te piège quand tu parles espagnol

Tu parles espagnol.
Tu construis des phrases correctes.
Tu te fais comprendre… globalement.

Et pourtant, il y a ces moments un peu étranges.
Tu parles, tu enchaînes, et soudain ton interlocuteur te regarde différemment. Pas choqué. Pas perdu. Juste… légèrement décalé. Il reformule. Il acquiesce sans vraiment rebondir. Ou il répond à côté.

Ce n’est pas une faute de grammaire.
Et ce n’est pas non plus ton accent.
Ni même ton vocabulaire (ou en tous cas pas seulement).

Très souvent, le problème vient de mots que tu crois évidents.
Des mots qui ressemblent au français, qui existent bien en espagnol… mais qui ne fonctionnent pas comme tu l’imagines.

C’est ce que j’appelle le vocabulaire “transparent”.
Et c’est l’un des pièges les plus redoutables quand on veut parler un espagnol naturel.

Un faux ami classique, tu le connais.
Tu sais qu’il est piégeux, donc tu te méfies.

Mais un mot qui ressemble beaucoup au français, ton cerveau l’adopte sans réfléchir.
Il se dit: “Celui-là, je le connais.”
Et il passe directement à autre chose.

Sauf que la langue ne fonctionne pas comme un dictionnaire bilingue.
Elle fonctionne par usages, par intentions, par contextes.

Résultat: tu produis une phrase correcte… mais qui ne dit pas exactement ce que tu voulais dire.
Et à l’oral, ce genre de décalage se ressent immédiatement.

Apprentissage du vocabulaire espagnol essentiel pour mieux s’exprimer à l’oral

C’est un point clé.

Beaucoup d’apprenants cherchent encore “le mot espagnol de…”
Alors que la vraie question devrait être:
“Comment dirait-on ça, naturellement, dans cette situation ?”

Tant que tu traduis, tu restes accroché au français.
Quand tu choisis, tu passes dans la langue.

Voyons maintenant quelques erreurs sur les mots transparents en espagnol très fréquentes chez les francophones… et pourquoi cela pose problème.

Un étudiant me dit un jour, très fier: Estoy muy comprometido con este proyecto.

Dans sa tête, il disait: “Je suis très engagé, très investi.” Néanmoins, dans l’oreille d’un hispanophone, le message est beaucoup plus ambigu.

Comprometido peut évoquer:

  • une situation délicate,
  • une obligation pesante,
  • quelque chose qui te met en difficulté.

Tu voulais valoriser ton implication. Tu laisses entendre que tu es coincé.

Ce mot est typique du piège “je crois que ça veut dire la même chose”.
Alors qu’en réalité, l’espagnol attend souvent une autre formulation pour exprimer l’engagement positif.


Celui-là revient sans cesse, notamment à l’oral professionnel.

En français, dire “je contrôle” peut vouloir dire: je gère, je maîtrise, je sais faire.

En espagnol, controlar, c’est surveiller, vérifier, exercer un contrôle sur quelqu’un ou quelque chose.

Si tu dis : « No te preocupes, lo controlo », en voulant rassurer, sache qu’un hispanophone peut aussi entendre : “Je garde un œil sur toi.”

En résumé, tu crois parler de compétence. Mais cela peut être perçu comme de la surveillance.


Realizar fonctionne très bien pour parler d’actions concrètes: réaliser un projet, une tâche, une activité.

Mais dès que tu veux parler d’une prise de conscience, le piège est là.

Combien de fois j’entends:
He realizado que…

Grammaticalement, la phrase tient debout. Mais le sens n’est pas celui que tu crois.

Tu voulais dire “je me suis rendu compte”.
Tu as parlé d’exécution.

À l’oral, ce genre de glissement enlève beaucoup de finesse au discours.


Beaucoup de francophones utilisent demandar comme un équivalent neutre de “demander”.

Or en espagnol, demandar est fort, très formel, parfois juridique.
Il implique une exigence, pas une simple requête.

Dire te demando que…, ce n’est pas “je te demande gentiment”.
C’est presque “je t’exige”.

Alors, même si tu pensais être clair… au final tu parais abrupt.

Ce mot montre bien que le problème n’est pas le vocabulaire… mais la valeur qu’on donne à l’acte de parole.


En français, discuter, c’est échanger, dialoguer, réfléchir ensemble.

En espagnol, discutir, c’est être en désaccord, voire se disputer.

Si tu annonces: Tenemos que discutir esto, tu ne demandes pas (comme tu le crois probablement) une conversation tranquille autour d’un café. Tu voulais dire “on en parle”. Tu annonces en réalité un conflit.


Celui-ci est plus subtil, et c’est pour ça qu’il est intéressant.

Formar existe, bien sûr. Mais il ne recouvre pas automatiquement l’idée de “former quelqu’un” comme en français.

Selon le contexte, l’espagnol attendra une autre construction, une autre logique, une autre façon de présenter l’action. Ce n’est pas faux. C’est simplement une autre manière de penser l’apprentissage et la transmission.


“Opportunité” est un mot très large en français, presque passe-partout.

En espagnol, oportunidad est plus précis, plus situationnel.
Mal utilisé, il peut donner une impression de flou ou de discours un peu artificiel, notamment à l’oral professionnel.

Encore une fois, le mot existe.
Mais son champ d’usage n’est pas exactement le même.

Personne parlant espagnol à l’oral et cherchant les mots sans traduire du français

Si tu t’es reconnu dans plusieurs exemples, respire. Ce n’est pas un problème de niveau. C’est le signe que tu as appris sérieusement… mais avec un réflexe de traduction encore très présent.

Le vrai déclic se produit quand tu passes de: “Quel est le mot espagnol pour traduire…” à: “Comment un hispanophone dirait-il ça, ici, maintenant ?”

Moins de calques.
Plus d’intentions.

Quand tu fais ce changement:

  • ton espagnol gagne en naturel,
  • tu hésites moins à l’oral,
  • tu évites les malentendus invisibles,
  • et surtout, tu prends confiance.

Parce que tu ne joues plus au devin avec la langue. Tu l’utilises.

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C’est souvent apprendre à faire autrement.

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Professeur agrégée d'espagnol, je partage ici des ressources utiles, pratiques et ludiques pour apprendre l’espagnol, améliorer votre niveau, et découvrir les cultures et curiosités hispanophones. !

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