Questions fréquentes pour apprendre l'espagnol efficacement
Apprendre à apprendre,  Foire aux questions,  Méthodologie : se motiver et étudier

Les questions que l’on me pose depuis presque 20 ans (et les réponses que j’aurais aimé entendre quand j’apprenais moi-même)

Si tu apprends l’espagnol, tu t’es probablement déjà posé certaines de ces questions pour apprendre l’espagnol plus efficacement. C’est normal : elles reviennent chez presque tous les apprenants.

Il y a quelques semaines, une lectrice m’a écrit pour me poser une question. Enfin… une question en apparence. Parce qu’en réalité, son message ressemblait davantage à un mélange de doute, de frustration et d’impatience.

En résumé, elle me demandait : « Mirentxu, est-ce normal d’avoir encore l’impression de patauger après tout ce temps ? »

J’aurais pu lui répondre en quelques lignes. Mais en refermant son mail, je me suis rendu compte d’une chose. Cette question, je l’entends depuis presque vingt ans. En réalité, elle fait partie des nombreuses questions que se posent les personnes qui apprennent l’espagnol.

Pas toujours avec les mêmes mots.

Parfois, c’est : « Combien de temps faut-il pour parler couramment ? » D’autres fois : « Est-ce grave si je fais encore des fautes ? »

Ou encore : « Pourquoi je comprends beaucoup mieux que je ne parle ? »

Les prénoms changent. Les parcours aussi. Mais les interrogations se ressemblent souvent.

Alors aujourd’hui, j’ai décidé de répondre aux questions qui reviennent le plus souvent dans mes cours, mes accompagnements et les messages que je reçois. Et surtout, d’y répondre avec honnêteté.

C’est parti! Voici les questions pour apprendre l’espagnol que l’on me pose le plus souvent !

Je vais commencer par une réponse qui risque de te frustrer : je n’en sais rien. Et méfie-toi de quiconque prétend le savoir.

Parce que cette question ressemble un peu à : « Combien de temps faut-il pour être en bonne forme physique ? »

Tout dépend de ton point de départ. De ton objectif. Du temps que tu peux y consacrer. De ta régularité. Et aussi, point souvent oublié, du plaisir que tu prends à apprendre.

J’ai connu des personnes qui ont progressé très vite. J’en ai connu d’autres qui ont mis davantage de temps. Mais ce n’est pas forcément là que se cache la différence la plus intéressante.

Je pense souvent à Sophie.Lorsqu’elle est arrivée dans mon accompagnement, son objectif était très clair. Elle voulait atteindre un niveau qu’elle jugeait « correct » puis passer à autre chose. Pour elle, l’espagnol était une tâche à accomplir. Un projet à terminer. Quelque chose à cocher sur une liste.

Aujourd’hui, cela fait plus de deux ans qu’elle continue. Pourtant, elle a atteint son objectif depuis longtemps.

Alors pourquoi poursuit-elle ?

Apprenante qui prend plaisir à apprendre l'espagnol

Parce qu’entre-temps, quelque chose a changé. Elle a commencé à prendre plaisir au processus. À comprendre davantage. Et aussi à discuter. À découvrir des expressions. Elle aime maintenant lire des articles, regarder des vidéos.

L’espagnol n’est plus devenu une corvée à terminer. C’est devenu une activité qu’elle apprécie.

Et ça change tout.

Parce qu’il est très difficile de rester motivé longtemps lorsque chaque séance ressemble à une punition.

Arrête de raisonner en mois, ou même de penser en années. Commence plutôt à réfléchir en heures. Combien d’heures passes-tu réellement au contact de l’espagnol chaque semaine ? Et surtout : trouves-tu du plaisir dans ce que tu fais ?

Car sans plaisir, la motivation finit presque toujours par s’essouffler. La meilleure méthode n’est pas celle qui promet les résultats les plus rapides. C’est celle que tu seras encore capable de suivre dans six mois.

Cette question me fait toujours sourire. Parce qu’elle me rappelle certains souvenirs de collège.

  • Les listes de conjugaisons.
  • Et les tableaux entiers à mémoriser.
  • Les récitations.
  • Et parfois les oublis dès la semaine suivante.

Alors ma réponse est : oui… Mais pas comme ça.

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à vouloir apprendre trop de verbes, trop de temps et trop de formes en même temps. Le cerveau adore les choses utiles. Il apprécie beaucoup moins les informations qu’il ne rencontre jamais.

C’est là qu’intervient un principe que j’utilise très souvent avec mes apprenants : la loi de Pareto. Tu as peut-être déjà entendu parler de cette règle 80/20. Dans de nombreux domaines, environ 20 % des actions produisent 80 % des résultats.

L’apprentissage des langues ne fait pas exception. Dans la vie quotidienne, nous utilisons toujours les mêmes verbes :

  • être
  • avoir
  • aller
  • faire
  • pouvoir
  • vouloir
  • devoir

Et nous utilisons certains temps beaucoup plus souvent que d’autres. Pourtant, je vois régulièrement des apprenants passer énormément de temps sur des formes qu’ils rencontreront rarement. Pendant ce temps, ils hésitent encore sur des structures qu’ils utilisent tous les jours.

D’ailleurs, cette logique ne s’applique pas seulement aux verbes. Elle fonctionne aussi pour le vocabulaire. Si tu concentres d’abord tes efforts sur les mots que les hispanophones utilisent réellement tous les jours, tu progresseras beaucoup plus vite que si tu essaies d’apprendre des listes interminables de mots rares. C’est précisément ce que j’explique dans mon article consacré aux 100 mots les plus courants en espagnol.

Principe de Pareto appliqué à l'apprentissage de l'espagnol

Avant d’apprendre davantage, demande-toi : « Est-ce que j’utilise déjà correctement ce que je connais ? » Je préfère largement qu’un apprenant maîtrise parfaitement :

  • tengo hambre
  • tengo ganas de
  • quiero aprender español
  • voy a viajar

plutôt qu’il connaisse cinquante verbes supplémentaires qu’il n’utilisera jamais. Et c’est la même chose pour les temps. Avant de tout apprendre, mémorise et automatise déjà les 3 temps les plus utilisés. A savoir: le présent de l’indicatif (avec lequel tu peux aussi construire du futur), le passé simple, et le subjonctif présent.

La progression ne consiste pas toujours à ajouter. Parfois, elle consiste simplement à consolider ce qui est déjà là.

Je vais te raconter quelque chose que j’ai observé des dizaines de fois. Au début, les apprenants parlent. Pas forcément très bien. Pas forcément très juste. Mais ils parlent. Puis leur niveau progresse. Ils apprennent davantage de vocabulaire. Puis ils découvrent de nouvelles règles. Et ils prennent conscience de certaines erreurs. Et parfois, paradoxalement, ils se mettent à moins parler qu’avant.

Pourquoi ? Parce qu’ils commencent à entendre leurs propres fautes.

Ils veulent bien faire. Ils cherchent la bonne tournure. Le bon temps. Et le bon mot.

Finalement, pendant qu’ils cherchent, la conversation continue sans eux. J’ai même déjà entendu plusieurs fois : « Je préfère ne rien dire plutôt que de dire une bêtise. » Je comprends parfaitement cette réaction. Mais elle pose un problème.

Une langue ne s’apprend pas uniquement en lisant des règles. Elle s’apprend aussi en les utilisant, et cela implique forcément de se tromper. Personne n’apprend à faire du vélo sans vaciller. Ou en core personne n’apprend à cuisiner sans rater quelques recettes.

Les langues fonctionnent exactement de la même manière.

Cherche la communication avant la perfection. Lorsque tu parles avec quelqu’un, demande-toi : « Est-ce que mon interlocuteur a compris ce que je voulais dire ? » Si la réponse est oui, tu as déjà gagné quelque chose.

Les erreurs se corrigent avec le temps. Le silence, lui, n’apporte aucune information à ton cerveau.

La plupart des gens attendent beaucoup trop longtemps. J’entends souvent :

« Quand j’aurai un niveau B1… »

« Dès que je comprendrai mieux… »

« Quand j’aurai terminé mon manuel… »

En réalité, on peut commencer beaucoup plus tôt. Bien sûr, si tu débutes complètement, regarder huit épisodes d’une série policière argentine sans sous-titres risque d’être un peu ambitieux.

Mais entre cela et attendre trois ans, il existe un juste milieu. Lorsque j’apprends une langue, je préfère être exposée à du contenu réel assez rapidement. Pas pour tout comprendre. Simplement pour habituer mon oreille. Pour commencer à reconnaître des mots. Des intonations. Et surtout des expressions qui reviennent souvent.

Petit à petit, le cerveau construit ses repères.

Choisis une série dont tu connais déjà l’histoire.

Un film que tu as déjà vu.

Ou commence avec des sous-titres en espagnol.

Tu comprendras davantage que tu ne l’imagines.

Et surtout, ne transforme pas ce moment en contrôle de compréhension.

Tu n’es pas en examen.

Tu es en train d’entraîner ton oreille.

Et tu verras rapidement un phénomène assez surprenant. Tu comprendras parfois tous les mots d’une phrase… sans vraiment en saisir le sens. Cela arrive souvent avec des petits mots du quotidien comme ya, vale ou bueno, que l’on croit connaître parce qu’on les a déjà rencontrés des dizaines de fois. Je leur ai d’ailleurs consacré un article entier, tant ils peuvent changer le sens d’une conversation.

C’est probablement la question que l’on me pose le plus souvent après celle sur la fluidité. Et honnêtement ? La réponse est rassurante.

C’est normal.

Comprendre et parler sont deux compétences différentes.

Prenons un exemple simple. Tu peux regarder des centaines de matchs de tennis. Comprendre parfaitement les règles. Reconnaître les stratégies. Analyser les échanges.

Cela ne fera pas automatiquement de toi un joueur de tennis.

Pour parler, il faut parler.

Le cerveau doit apprendre à récupérer les mots rapidement. À construire des phrases. Puis à gérer l’imprévu. Et aussi à continuer même lorsque le mot exact ne vient pas.

C’est un entraînement spécifique.

Si ton objectif est de parler davantage, crée des occasions de produire la langue.

  • Parle seul.
  • Enregistre-toi.
  • Réponds à voix haute aux vidéos que tu regardes.
  • Participe à des conversations.

Et accepte l’idée que les premières minutes seront parfois inconfortables.

C’est normal.

L’erreur n’est pas le signe que tu progresses mal.

Elle est souvent le signe que tu es justement en train d’essayer quelque chose de nouveau.

Alors, je te retournerais la question autrement: faut-il tout comprendre pour progresser.

Et là, pour le coup, ma réponse est tranchée.

Non. Clairement non.

Et c’est probablement l’idée qui soulage le plus les apprenants lorsque je leur explique.

Prenons un exemple.

Tu écoutes un podcast en espagnol. Sur dix phrases, tu en comprends huit. Tu saisis le sujet. Les idées principales. L’essentiel du message. Mais certains mots t’échappent.

Beaucoup de personnes considèrent alors que le support est trop difficile.

Moi, je pense strictement l’inverse.

Tu es probablement exactement au bon endroit. Pour progresser, il faut être légèrement challengé. Pas complètement perdu. Mais pas non plus dans quelque chose de tellement facile que ton cerveau n’a plus rien à apprendre.

Cherche des ressources dont tu comprends environ 80 %.

Si tu comprends 20 %, c’est trop difficile.

Si tu comprends 100 %, tu n’apprends plus grand-chose.

La progression se situe souvent entre les deux.

Là non plus, aucune hésitation pour répondre à cette questions pour apprendre l’espagnol. Il s’agit clairement de l’accumulation.

Accumuler trop de ressources pour apprendre l'espagnol

Aujourd’hui, nous avons accès à une quantité impressionnante de ressources.

  • Des applications.
  • Des chaînes YouTube.
  • Des podcasts.
  • Des livres.
  • Des PDF.
  • Des newsletters.
  • Des comptes Instagram.
  • Et des milliers d’autres supports.

Et le problème, ce n’est pas que ces ressources existent.

Le problème, c’est de vouloir toutes les utiliser en même temps.

Je vois régulièrement des apprenants qui possèdent :

  • trois applications ;
  • quatre méthodes ;
  • quinze chaînes YouTube enregistrées ;
  • une pile de livres ;
  • plusieurs podcasts.

Et qui ont pourtant l’impression de ne pas avancer.

Parce qu’ils passent davantage de temps à choisir leurs ressources qu’à les utiliser.

Faire davantage avec moins.

Choisis quelques outils qui te conviennent vraiment.

Utilise-les jusqu’au bout.

Travaille en profondeur plutôt qu’en largeur.

Je l’ai faite. Tu l’as probablement faite. Et elle est parfaitement normale.

Quand on apprend une langue, notre cerveau cherche naturellement à s’appuyer sur ce qu’il connaît déjà. Le problème, c’est que cette stratégie fonctionne vite… jusqu’à un certain point. Parce qu’une langue n’est pas une version codée d’une autre langue.

Chaque langue découpe la réalité à sa manière. Prenons quelques exemples. En français, on dit :

« J’habite ici depuis cinq ans. »

Le premier réflexe est souvent de traduire chaque mot.

Et pourtant, un hispanophone dira : « Vivo aquí desde hace cinco años. » ou, selon le contexte : « Llevo cinco años viviendo aquí. »

Il n’existe donc pas une traduction unique du mot « depuis ». Tout dépend de ce que tu veux exprimer. En réalité, le mot « depuis » est probablement l’un des meilleurs exemples de ce réflexe de traduction qui nous joue des tours. En espagnol, il peut se traduire de plusieurs façons selon le contexte. Si cette notion te pose encore problème, je t’invite à lire mon article consacré à « depuis », « il y a » et « ça fait ». Tu verras que tout devient beaucoup plus logique une fois que l’on raisonne en espagnol plutôt qu’en français.

En français, on dit : « Il me manque trois euros. »

En espagnol : « Me faltan tres euros. »

Jusque-là, tout va bien. Mais regarde maintenant cette phrase : « Tu me manques. »

Le réflexe du francophone est souvent de chercher à utiliser le même verbe.

Or, dans la grande majorité des situations, un Espagnol dira : « Te echo de menos. »

Tu vois ce qui se passe ? Le verbe « manquer » a disparu. L’idée, elle, est toujours là. On ne dit plus « tu me manques ». On dit littéralement : « je m’ennuie de toi » ou « je ressens ton absence ».Autrement dit, il n’est plus question de « manquer ». L’idée devient plutôt : « je ressens ton absence ».

Et ce n’est pas tout. Même lorsque l’on utilise le verbe echar de menos, la logique de la phrase change. En français, le sujet est « tu » : tu me manques. En espagnol, le sujet devient « je » : je m’ennuie de toi (Yo te echo de menos).

Ce n’est donc plus la même façon de regarder la situation.

Ces nuances montrent bien que chaque langue organise la réalité à sa façon. C’est exactement à ce moment-là que la traduction mot à mot atteint ses limites. À partir d’un certain niveau, on ne progresse plus en traduisant des mots. On progresse en comprenant comment les hispanophones expriment une idée.

D’ailleurs, si tu te surprends encore à traduire mentalement chaque phrase avant de parler, rassure-toi : c’est une étape normale. L’objectif n’est pas d’arrêter de traduire du jour au lendemain. C’est de le faire un peu moins souvent chaque semaine.

Lorsque tu rencontres une nouvelle expression, essaie d’abord de comprendre ce qu’elle signifie avant de chercher sa traduction.

Observe-la dans plusieurs contextes. Utilise des images. Des exemples. Des situations.

Et lorsque tu apprends du vocabulaire, essaie autant que possible de relier directement le mot espagnol à l’idée qu’il représente plutôt qu’à son équivalent français.

Petit à petit, tu réduiras ce réflexe de traduction permanente. Et ton espagnol gagnera en fluidité.

Après presque vingt ans d’enseignement, il y a une chose qui continue de me surprendre. Les questions changent finalement assez peu. En revanche, les personnes qui les posent sont persuadées d’être les seules à rencontrer ces difficultés. Alors si tu t’es reconnu dans une ou plusieurs de ces questions en lisant cet article, rassure-toi : c’est tout à fait normal.

Apprendre une langue, ce n’est pas avancer en ligne droite. Il y a des périodes où l’on a l’impression de faire des bonds en avant, et d’autres où l’on a le sentiment de piétiner. C’est frustrant, mais c’est aussi le fonctionnement normal d’un apprentissage.

Maintenant, j’aimerais te poser une question. Parmi toutes celles de cet article, laquelle t’a le plus parlé ? Ou, au contraire, y en a-t-il une que tu te poses souvent et que je n’ai pas abordée ? Dis-le-moi en commentaire (ou en m’envoyant un mail à hola@leblogdespagnol.com). Je lis toujours vos messages avec beaucoup d’attention et ils m’inspirent souvent les prochains articles ou épisodes de podcast.

Tu peux également poursuivre la discussion sur Instagram ou sur la page Facebook du Blog. J’y partage régulièrement des astuces, des coulisses de mes cours et des contenus complémentaires pour continuer à progresser.

Et si tu connais quelqu’un qui se pose exactement les mêmes questions pour apprendre l’espagnol que toi, n’hésite pas à lui partager cet article. Il pourrait bien lui faire gagner quelques mois… de doutes inutiles. 😉

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Professeur agrégée d'espagnol, je partage ici des ressources utiles, pratiques et ludiques pour apprendre l’espagnol, améliorer votre niveau, et découvrir les cultures et curiosités hispanophones. !

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