Apprendre les bases

Pourquoi les Espagnols ne disent-ils pas les choses comme nous ? (et pourquoi ça change tout pour progresser)

Quand on commence à penser en espagnol, certaines phrases paraissent parfaitement normales… jusqu’au moment où on essaie de les traduire. Par exemple :

Llevo tres años viviendo aquí.

Ou encore :

Se me ha olvidado.

La première fois qu’on les rencontre, on a souvent le même réflexe. Chercher la traduction française. Et c’est logique. Sauf que très vite, on se rend compte que quelque chose coince.

Pourquoi les Espagnols utilisent-ils llevar pour parler du temps ?

D’où vient cette étrange expression se me ha olvidado au lieu de « j’ai oublié » ?

Et comment une personne peut-elle me caer bien alors que caer signifie « tomber » ?

La réponse est finalement assez simple. Les Espagnols ne voient pas toujours les situations de la même manière que nous. Et je crois que c’est l’un des plus grands déclics quand on apprend une langue.

À partir d’un certain niveau, on ne progresse plus seulement en apprenant des mots, mais plutôt en comprenant la logique qui se cache derrière eux. Je te montre ce que je veux dire avec quelques exemples.

Francophone découvrant une façon différente de penser en espagnol

Quand un francophone découvre cette phrase, il cherche presque toujours le mot « depuis ». Normal. En français, on dirait : J’habite ici depuis trois ans. ou alors Ça fait trois ans que j’habite ici.

En espagnol, on entend très souvent :

Llevo tres años viviendo aquí.

Littéralement : « Je porte trois années à vivre ici. »

Dit comme ça, ça paraît étrange. Et pourtant, si tu oublies la traduction mot à mot, la logique devient intéressante. L’idée n’est plus seulement de situer un point de départ. On insiste sur toute la durée qui s’est accumulée jusqu’à aujourd’hui.

Les deux langues parlent de la même réalité. Mais elles choisissent un angle différent.

Illustration du verbe llevar utilisé pour exprimer une durée en espagnol

Celui-ci est l’un de mes préférés. En français, on dit simplement : J’ai oublié.

En espagnol, tu entendras très souvent : Se me ha olvidado.

Littéralement, cela reviendrait presque à dire : « Cela s’est oublié à moi. »

Évidemment, aucun Espagnol ne réfléchit comme ça. Mais cette façon de construire la phrase montre bien que l’on ne regarde pas toujours l’action du même point de vue.

Le français met davantage l’accent sur la personne et sa responsabilité. L’espagnol présente souvent l’oubli comme quelque chose qui arrive.

Ce n’est ni mieux ni moins bien. C’est simplement une autre manière de raconter la même situation. Et c’est précisément ce qui rend les traductions mot à mot si dangereuses.

Portail fermé à clé illustrant l'expression espagnole se me ha olvidado la llave

Celui-là déroute souvent les apprenants. En français, nous disons : Je l’aime bien. Ou : Je le trouve sympathique.

En espagnol, on entend : Me cae bien.

Si tu cherches une traduction mot à mot, tu risques d’être perdu. Parce que le verbe caer signifie… tomber. Alors pourquoi quelqu’un « me tombe bien » ? Tout simplement parce que l’espagnol exprime ici l’impression que cette personne produit sur moi. Encore une fois, la logique est différente.

Et plus tu avances en espagnol, plus tu rencontres ce type de constructions. Petit à petit, tu cesses de les traduire. Tu les comprends directement. Et c’est souvent à ce moment-là que ton espagnol devient plus naturel.

S’il y a bien un verbe qui déstabilise les francophones, c’est probablement celui-ci. Au début, on cherche presque toujours à lui attribuer une traduction unique.

Est-ce que quedar signifie « rester » ?

« Donner rendez-vous » ?

« Il reste » ?

« Aller bien » ?

La réponse est… oui. Et non.

En réalité, le problème vient de la question elle-même.

Quedar ne correspond pas à un verbe français précis. Il exprime plutôt une idée générale : ce qui reste, ce qui est convenu, le résultat obtenu ou la façon dont quelque chose se termine. Regarde ces quelques exemples :

Quedamos a las ocho. → On se retrouve à huit heures.

Quedan dos entradas. → Il reste deux places.

La camiseta te queda muy bien. → Ce tee-shirt te va très bien.

Trois traductions différentes. Un seul verbe. Et pourtant, un hispanophone ne voit pas trois verbes différents. Il retrouve toujours la même logique. C’est d’ailleurs ce qui rend ce verbe si fascinant… et parfois si déroutant pour les francophones. Si tu souhaites aller plus loin, j’ai consacré un article entier à différents sens de quedar, avec de nombreux exemples concrets. Tu verras qu’une fois la logique comprise, ce verbe devient beaucoup plus facile à utiliser.

Illustration de l'expression espagnole me apetece

S’il y a une expression qui surprend souvent les francophones, c’est bien celle-ci. En français, selon les situations, on dira :

« J’ai envie d’une glace. »

« Ça me tente bien. »

« J’aimerais bien aller au cinéma. »

« Ça me fait envie. »

En espagnol, dans tous ces cas, tu entendras très souvent :

Me apetece.

Si tu cherches une traduction mot à mot, tu risques d’être frustré. Parce qu’il n’en existe pas vraiment. Et c’est justement ce qui est intéressant. Me apetece n’exprime pas simplement une envie. Il traduit plutôt une attirance spontanée, une envie qui naît sur le moment. Quelques exemples :

Me apetece un café.→ J’ai envie d’un café.

Hoy no me apetece salir. → Aujourd’hui, je n’ai pas envie de sortir.

¿Te apetece venir con nosotros? → Ça te dit de venir avec nous ?

Selon le contexte, la traduction change. Mais l’idée reste toujours la même.On ne cherche pas à traduire chaque mot.On cherche à comprendre ce que le locuteur veut exprimer.

L’idée, c’est que petit à petit, tu ne te demandes plus : « Comment est-ce que je traduis me apetece ? » Tu comprends directement ce que cette expression évoque… et tu finis même par l’utiliser naturellement.

Tu as peut-être remarqué quelque chose. Dans aucun de ces exemples, le problème n’est vraiment le vocabulaire. Tu connais déjà la plupart des mots. Ce qui change, c’est la façon dont les Espagnols organisent leurs idées. Je crois que c’est aussi pour cette raison que j’aime autant les langues. Elles nous apprennent bien plus que du vocabulaire. Elles nous obligent, l’espace d’un instant, à regarder le monde avec les yeux de quelqu’un d’autre.

Lorsque l’on commence à apprendre l’espagnol, on a souvent l’impression que tout dépend du nombre de mots que l’on connaît.

Puis viennent les temps de conjugaison.

La grammaire.

Les expressions idiomatiques.

Tout cela est évidemment important.

Mais, avec le temps, je me suis rendu compte que les plus grands progrès se produisent souvent ailleurs. Lorsque tu arrêtes de vouloir tout traduire. Le jour où tu acceptes qu’une langue n’est pas une copie d’une autre et où tu comprends que les hispanophones ne choisissent pas toujours les mêmes images, les mêmes verbes ou les mêmes points de vue que nous.

À partir de là, tu ne mémorises plus seulement des règles. Tu commences à raisonner en espagnol. Et c’est probablement l’une des étapes les plus passionnantes de l’apprentissage.

Et si tu souhaites aller plus loin, retrouver les règles essentielles, le vocabulaire le plus utile et des explications visuelles pour progresser plus sereinement, tu peux également découvrir mon pack Espagnol simple et pratique. Je l’ai conçu précisément pour aider les francophones à construire des bases solides sans s’éparpiller.

Je te laisse m’écrire tes remarques, questions ou même les expressions espagnoles qui t’ont le plus surpris en commentaires. ⤵ Peut-être en connais-tu une qui t’a demandé plusieurs semaines avant de vraiment « faire clic » dans ta tête !

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Et on se retrouve très prochainement avec d’autres contenus pour progresser facilement en espagnol depuis chez toi. En attendant, n’oublie pas de passer à l’action et de pratiquer !

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Professeur agrégée d'espagnol, je partage ici des ressources utiles, pratiques et ludiques pour apprendre l’espagnol, améliorer votre niveau, et découvrir les cultures et curiosités hispanophones. !

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